Comment la cotation de l’or a-t-elle pu être manipulée ?

Le 20 mars dernier, un nouveau système de fixation de la cotation de l’or à Londres a été mis en place. Les medias saluèrent ce « saut » dans l’histoire car on passait d’un modèle datant de l’époque victorienne à un système électronique plus en accord avec le XXIème siècle. Mais est-ce vraiment certain ? Pourquoi pouvait-on manipuler la cotation de l’or à cette époque ?

Un peu d’histoire sur la fixation de la cotation de l’or à Londres

En avril 2004, NM Rothschild a annoncé qu’il se retirait du commerce de l’or en renonçant à sa présidence et à toute participation dans les deux réunions journalières pour établir la cotation de l’or. Sa sortie a laissé les banques HSBC, Deutsche Bank, Scotia Mocatta et Société Générale comme uniques responsables et sans la possibilité de pouvoir continuer à utiliser ses bureaux à St Swithins Lane proches de la banque d’Angleterre. Cette nouvelle situation apporta trois changements notables : le changement annuel de la présidence, la substitution des conférences de présence par d’autres téléphoniques et un troisième mois connu, une application basée sur le web.

Le 5 Mai 2004, selon l’édition trimestriel du bulletin de la Banque d’Angleterre, une conférence téléphonique a substitué les réunions présentielles deux fois par jour. Une application sur le web pour permettre la visualisation du processus de fixation va être mise en place tout au long de l’année 2004. Cela signifie que tous les ordres donnés par chaque participant seront visualisés ainsi que les prix de l’or durant chaque enchère.

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Cette application était capable de monitorer toutes les demandes, achats, ventes et l’exécution des opérations en temps réel. Un outil sophistiqué sponsorisé par des géants économiques comme les banques qui disposent d’énormes ressources technologiques.

Jusqu’en aout 2014, les banques HSBC, ScotiaMocatta et Deutsche participaient aussi à la fixation de la cotation de l’argent (London Silver Fixing).

La manipulation de la cotation de l’or à partir de 2004

Il existe une intéressante corrélation entre l’application sur le web mise en place en 2004 et le moment supposé de la manipulation de la cotation de l’or à partir de cette même année. Le 28 février 2014,  le journaliste Liam Vaughan a écrit un article dans Bloomberg déclarant que l’indice de référence utilisé par les sociétés minières, les acheteurs et les banques centrales pour valoriser l’or a pu être manipulé durant la dernière décade de la part des banques.

Est-ce que l’introduction d’un outil informatique pouvait favoriser une manipulation du prix de l’or alors que cela n’était pas possible durant les réunions présentielles réalisées dans les bureaux de NM Rothschild à St Swithins Lane?

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Le 23 mai 2014, l’Autorité de Conduite Financière du Royaume Uni (FCA) a annoncé son intention de condamner un ex employé de la Barclays Bank et Directeur de la section des Métaux Précieux pour la manipulation de la cotation de l’or et de condamner cette banque pour ses mauvaises pratiques. En Novembre 2014, Goldman y HSBC ont été poursuivis pour la manipulation de la cotation du platine et du palladium depuis 2007.

Depuis la mise en place de l’application sur le web en 2004 et le parcours agité depuis mars 2015, il semble évident que les marchés de l’or et de l’argent n’étaient pas un système technologique couteux, avec le stylo et le papier comme outils de pointe, mais un engrenage basé sur un outil informatique sophistiqué. Lorsque les medias ont annoncé, et insistent toujours sur cette idée, un changement d’ère et une modernisation sans précédent sur ces marchés, c’est tout à fait le contraire qui est arrivé. Nous sommes technologiquement bien en dessous des capacités démontrées par cette puissante application informatique utilisée dans la dernière décade.

Finalement, peu de choses ont changé pour la fixation de la cotation de l’or à Londres.

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