Depuis l’été 2025, une évolution majeure s’est produite dans la composition des réserves de change mondiales : l’or détenu par les banques centrales surpasse désormais la valeur des bons du Trésor américain. Ce basculement, inédit depuis près de trente ans, marque un tournant stratégique pour de nombreux États soucieux de protéger leurs avoirs face à la volatilité économique et géopolitique.
Un changement historique dans la stratégie des banques centrales
Traditionnellement, les banques centrales répartissent leurs réserves entre plusieurs actifs : devises étrangères (principalement en dollars américains), bons du Trésor, or, et parfois d’autres actifs comme l’euro ou le yen. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, le dollar américain a longtemps régné en maître, considéré comme la monnaie de référence mondiale et un actif sûr.
Cependant, les données récentes compilées par l’analyste des Experts, révèlent une inversion de tendance : la part d’or dans les réserves mondiales retrouve des niveaux qu’on n’avait plus vus depuis le début des années 1990. Dans les années 1980, l’or pouvait représenter jusqu’à 75 % des réserves globales, mais l’essor du dollar et la confiance dans la dette américaine avaient progressivement relégué le métal jaune au second plan, sa part tombant parfois sous les 20 %.
Les raisons du retour en force de l’or
Depuis quelques années, plusieurs facteurs convergent pour expliquer cette réévaluation de l’or :
- La recherche de diversification et de sécurité : dans un contexte de tensions géopolitiques croissantes, d’incertitudes économiques et de forte inflation, l’or redevient un actif de confiance. Son absence de risque de contrepartie et son caractère universel en font une valeur refuge en période de crise.
- La dédollarisation progressive : certains pays, notamment membres des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) et des économies émergentes, cherchent à réduire leur dépendance au dollar. Ils ont ainsi massivement augmenté leurs achats d’or ces dernières années, tout en diminuant leurs investissements dans la dette américaine.
- Hausse du prix de l’or : la flambée des cours de l’once qui a parfois franchi des seuils historiques, a mécaniquement augmenté la part de l’or dans la valeur totale des réserves, même sans forcément accroître les stocks physiques.
- Moindre attractivité des bons du Trésor US : face à la dette américaine croissante et aux politiques monétaires expansionnistes, certains investisseurs institutionnels, dont les banques centrales, s’inquiètent de la fiabilité à long terme des obligations américaines.
Conséquences et perspectives
Ce retour en grâce de l’or n’est pas anodin. Il s’inscrit dans un contexte où la domination du dollar est de plus en plus remise en question sur la scène internationale. Les sanctions économiques imposées par les États-Unis à certains pays ont également incité ces derniers à rechercher des alternatives pour protéger leurs actifs.
Par ailleurs, la symbolique de l’or reste forte. Contrairement aux monnaies fiduciaires, il ne dépend d’aucun gouvernement ou banque centrale et conserve sa valeur au fil du temps. Certains analystes estiment que si cette tendance se poursuit, l’or pourrait retrouver un rôle encore plus central dans le système monétaire international, voire servir de base à de nouveaux accords ou paniers de devises.
Enfin, cette dynamique pourrait inciter d’autres pays à revoir leur propre allocation d’actifs, accentuant encore la demande pour le métal jaune. À terme, cela pourrait également influencer le marché de l’or, tant au niveau des prix que de la production, dans un contexte de raréfaction progressive des nouveaux gisements.
Le retour de l’or au premier plan dans les réserves mondiales reflète une méfiance croissante envers le dollar et traduit la volonté des États d’assurer la stabilité et la sécurité de leurs avoirs à long terme. Cette évolution marque peut-être le début d’une nouvelle ère dans la gestion des réserves internationales.